Chistian Denayer

Quand un casseur devient un bâtisseur...

Maison de rêve? «Elle est en tout cas telle que ma femme et moi, nous l'avons souhaitée», affirme Christian Denayer.
Briques anciennes, poutres de chêne, toit de tuiles fleurant bon la patine des ans et la tradition... son aspect rustique et chaleureusement anachronique de fer-mette brabançonne rassurante et franche, s'il s'intègre respectueusement dans le paysage, est toutefois peu conforme à l'idée qu'on pourrait se faire du refuge d'un bouillant et incorrigible casseur. « Il est vrai, explique-t-il, que cela ne trans-pire guère de mes dessins, mais je suis plutôt du genre père tranquille. Aussi incroyable que cela puisse paraître, je suis quelqu'un de très calme. Ma maison de rêve, elle ressemblerait davantage à celle de Blanche-Neige. Elle se dissimulerait au milieu des bois, elle serait remplie d'animaux et ses petites fenêtres ne laisseraient pénétrer que les rayons du soleil et le chant des oiseaux! J'adore la nature et il n'est pas rare de me croiser au détour de l'un ou l'autre sentier forestier ou me baladant à travers les champs. J'aime les grands bols d'air frais, les bruissements du feuillage, les murmures des rivières... Il n'y a que sur mes planches que je fonce à 200 à l'heure. La bande dessinée est ma façon à moi de me défouler».

EXPÉRIENCE PASSIONNANTE
« Je dois dire, avoue Christian Denayer, que j'ai tellement pensé à cette maison qu'il me semble maintenant l'habiter depuis de nombreuses années! Au départ, je l'ai conçue moi-même. Sans être un spécialiste, sans avoir même la moindre notion d'architecture, j'en ai esquissé les plans et je l'ai dessinée telle que je l'imaginais: dans les perspectives et les couleurs où je la voyais.
Avec ma femme Liliane, je me suis occupé des renseignements préliminaires. J'ai visité tous les salons spécialisés. J'ai rencontré une série impressionnante d'entrepreneurs et d'artisans. Je voulais des briques, des pavements, des poutres, des tuiles anciennes: j'ai fouiné dans toute la région, courant tous les chantiers de démolition ». Si le résultat comble à présent ses souhaits, c'est pourtant, reconnaît humblement notre casseur, à Yvan Mercier, son architecte, qu'il le doit. « Un type formidable, s'exclame-t-il! Il lui a suffi d'une brève conversation pour comprendre exactement ce que je voulais ». 

«ÇA FONCTIONNERA OU ÇA SAUTERA !»

Ce fut peut-être aussi et surtout l'occa-
sion de rencontres et de découvertes intéressantes. « Cette extraordinaire collaboration, souligne Christian Denayer, s'est d'ailleurs poursuivie avec tous ceux qui ont contribué à son aménagement et à son achèvement. Je songe notamment aux maçons, aux plombiers et plafonniers qui nous suggéraient leur point de vue sans jamais nous l'imposer. Je pense particulièrement à l'installateur de la cuisine. Mariant astucieusement le fonctionnel et l'esthétique, ce monsieur est parvenu à nous la rendre pratique et chaleureuse! Je n'ai cessé à tout instant d'être admiratif devant le savoir-faire de ces ouvriers. Je m'en voudrais de ne pas citer encore notre chauffagiste aussi rigoureux et scrupuleux dans son travail qu'un ingénieur de la Nasa et qui, au moment de mettre en marche la chaudière, me déclarait avec humour: ça fonctionnera ou ça sautera! »

BYE BYE USA...

Un rêve ainsi en chasse un autre! «C'est vrai qu'à l'origine, mon rêve n'était pas de faire construire cette maison. Il y a longtemps que l'Amérique me fascine et j'avais pris la décision de m'y installer. C'est un projet que malheureusement je n'ai pas pu réaliser. J'y suis cependant resté quelques mois, essayant de m'adapter à la manière de vivre américaine. Une vie facile, du moins en apparence. Beaucoup plus calme qu'on ne l'imagine ordinairement. Au début, je m'y sentais merveilleusement bien, complètement libre, délicieusement décontracté. Dans quelle ville européenne voit-on des automobilistes se déplacer à 30 ou 40 à l'heure? Là-bas, c'est tout à fait courant. Je ne parle évidemment pas de New York où le rythme de vie est affreusement stressant et trépidant. Ce que j'évoque, ce sont les petites bourgades... Et puis, partout, ces grands espaces. De la Floride à la Californie, quelle diversité de paysages, de mentalités, de climats! Au bout de deux mois pourtant, j'ai commencé à regretter certains aspects de l'Europe. Cela peut sembler ridicule, mais ce qui me manquait, c'était la petite église plantée au centre du village! Bref, j'avais la nostalgie de nos petits patelins! En cela, la construction de cette maison fut une consolation et en tout cas, un
excellent dérivatif».


Propos recueillis par Jean-Louis LECHAT dans Tintin No 37 du 13 septembre 1983 Photo: Jacques KIEVITS


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